De l’idée à la Startup – Stéphanie Morales, startup manager
À quel moment envisager la création d’une startup ? Comment savoir si son projet peut trouver sa place ? Et une fois lancé, que se passe-t-il vraiment ? Pour répondre à ces questions, nous avons choisi de ne pas vous présenter Inria Startup Studio uniquement à travers son dispositif, mais de partir à la rencontre de celles et ceux qui l’accompagnent ou en font l’expérience. Une idée, une technologie, parfois simplement une envie d’aller voir un peu plus loin. Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà construit son projet pour pousser la porte d’Inria Startup Studio. Pour Stéphanie Morales, qui accompagne les porteurs de projets à Sophia Antipolis, le premier échange commence d’ailleurs souvent très simplement. Autour d’un café, par exemple.
Commencer par discuter
Lorsqu’on lui demande comment se passe une première rencontre avec un porteur de projet, Stéphanie Morales commence par répondre : « Ça dépend. » Du projet bien sûr, de son domaine, de son degré de maturité, mais aussi de la personne qui le porte.
Certains viennent avec une idée déjà bien avancée, d’autres simplement par curiosité, avec une technologie dont ils se demandent ce qu’elle pourrait devenir. Le premier échange permet alors de comprendre où ils en sont, ce qu’ils souhaitent faire et si Inria Startup Studio correspond réellement à leur projet.
Stéphanie essaie, dit-elle, de « donner quelque chose » à chaque échange : un retour, une piste, un événement ou une personne à rencontrer. L’écosystème de Sophia Antipolis s’y prête particulièrement, avec de nombreux acteurs de l’innovation et autant de possibilités de mises en relation.
Et parfois, la bonne réponse n’est pas encore Inria Startup Studio. Un doctorant en début de thèse pourra par exemple être orienté vers un dispositif adapté aux étudiants ; une technologie encore trop éloignée du marché vers un programme de prématuration. L’important est de ne pas attendre nécessairement que toutes les cases soient cochées avant de venir discuter.
Même lorsque la technologie n’est pas encore assez mûre, Stéphanie invite à venir lui parler. Un café, une discussion par curiosité, peuvent déjà permettre d’en savoir plus sur le programme et d’ouvrir quelques pistes.
De la technologie au marché
Les personnes qui viennent à sa rencontre ont généralement une solide expertise technique. Elles sont chercheurs, doctorants ou ingénieurs et ont appris à creuser un sujet, à chercher des réponses, à formuler des hypothèses et à les vérifier.
Des qualités qui, pour Stéphanie Morales, sont également de précieux atouts pour entreprendre : la curiosité, la capacité à aller creuser les sujets, à parler avec les autres, à monter en compétences. Avec, surtout, l’envie d’aller plus loin.
Car entrer à Inria Startup Studio suppose aussi d’accepter de déplacer son regard. La technologie, pourtant à l’origine du projet, doit parfois passer momentanément au second plan.
« Au début, il faut réussir à identifier quel est mon marché, qui sont mes clients, qu’est-ce que je vends, qui sont mes concurrents, qui sont mes partenaires. Et ça prend du temps de chercher tout ça. »
Plutôt que de continuer à développer une technologie sans savoir si elle répond à un besoin, les porteurs sont ainsi invités à aller à la rencontre de leur marché. Là encore, Stéphanie établit volontiers un parallèle avec la recherche : formuler des hypothèses, aller les vérifier auprès des personnes concernées, puis adapter la technologie en fonction de ce que l’on a appris.
Le business peut pourtant susciter quelques réticences chez des personnes issues du monde de la recherche. Stéphanie évoque notamment une représentation parfois très éloignée de ce qu’elle observe dans le domaine de l’innovation et des nouvelles technologies, où les relations relèvent beaucoup de la coopération et du partenariat.
La rencontre avec d’autres entrepreneurs contribue à faire évoluer cette perception : ils partagent leurs expériences, donnent des conseils ou ouvrent leur réseau. Une autre manière d’aborder un métier qui ne se résume pas à vendre un produit.
Accompagner sans décider
Depuis 2023, Stéphanie Morales partage son activité entre la sensibilisation à l’entrepreneuriat auprès des jeunes chercheurs et l’accompagnement des projets accueillis à Inria Startup Studio. Pendant un an, elle travaille au plus près de leurs porteurs : ils partagent le même bureau, se rencontrent régulièrement et peuvent aussi échanger de manière beaucoup plus informelle, au détour d’un café ou d’un déjeuner.
Une proximité qui pourrait sembler paradoxale au regard de l’objectif recherché : les préparer à avancer sans elle.
« Quand ils sortent d’Inria Startup Studio, ils vont être seuls. » Stéphanie cherche donc, tout en restant très disponible à leur transmettre les outils qui leur permettront de gagner en autonomie, savoir quoi faire et comment avancer.
Son rôle n’est pas de choisir la direction. Elle questionne, donne des outils, met en relation, pousse à explorer une piste ou à approfondir une réponse. Elle « challenge », selon son propre terme. Mais le projet reste celui du porteur.
« Parce que c’est des futurs entrepreneurs, ils doivent agir comme des entrepreneurs. » Et, poursuit-elle, « c’est vraiment eux qui sont derrière le volant ».
L’image de l’auto-école lui vient naturellement : on peut transmettre la théorie, accompagner, être assis à côté. Mais c’est bien l’apprenti conducteur qui conduit. Et une fois le permis obtenu, il devra prendre seul le volant.
Accepter aussi de changer de route
Cette autonomie se construit progressivement et le chemin imaginé au départ n’est pas toujours celui qui sera finalement emprunté.
Pivoter, revenir sur une hypothèse, modifier son offre : il s’agit moins d’abandonner une idée que d’apprendre à regarder autrement ce que la technologie peut apporter.
C’est aussi ce qui évolue chez les porteurs eux-mêmes au fil de l’année. Stéphanie observe un changement de posture : des profils initialement très concentrés sur la technique apprennent progressivement à parler de leur projet à des interlocuteurs différents, à développer leur réseau, à mieux comprendre leur marché et à prendre confiance.
Des compétences qui restent, y compris lorsque le projet ne débouche finalement pas sur la création d’une entreprise. Même si le projet n’aboutit pas, souligne Stéphanie, « ils ont gagné quelque chose qui leur suivra toute leur vie ».
Une aventure individuelle qui se construit aussi à plusieurs
L’année passée à Inria Startup Studio ne se vit pas uniquement entre un porteur et la personne qui l’accompagne. Les projets qui intègrent le dispositif à une même période suivent des temps communs, participent à des formations et se retrouvent lors d’événements. Des liens se créent et perdurent parfois bien après la sortie.
Ils prennent une importance particulière lorsque les porteurs deviennent entrepreneurs. L’accompagnement se fait alors moins présent, les contraintes apparaissent et le temps disponible pour prendre du recul sur son projet se réduit.
Pouvoir appeler quelqu’un qui a connu les mêmes interrogations, partager une difficulté ou simplement demander un conseil permet aussi de se sentir moins seul.
De l’idée à la Startup – Un accompagnement, quatre regards : découvrez également les témoignages de
- Louis Hauseux, quand une possibilité commence à prendre forme
- Marie Aspro, du prototype à l’adoption
- Hubert Bonnefond, entreprendre une seconde fois autrement
Article rédigé par le Centre Inria d’Université Côte d’Azur
Date de publication : 19/10/2026
Envie de vous lancer ?