Les critères de sélection d’Inria Startup Studio
La question nous est souvent posée des critères de sélection de notre startup studio, même s’ils sont explicités sur ce site, alors nous allons prendre le temps de les développer ici. Le message est clair dès l’entrée sur le site : « Une idée, une envie et une techno ? Porteur.se d’un…
La question nous est souvent posée des critères de sélection de notre startup studio, même s’ils sont explicités sur ce site, alors nous allons prendre le temps de les développer ici.

Le message est clair dès l’entrée sur le site : « Une idée, une envie et une techno ? Porteur.se d’un projet de startup deeptech numérique, notre programme vous permet de vous y consacrer à 100% dans les meilleures conditions pendant 1 an : salaire, accompagnement et beaucoup plus ! » Pour être éligible, il faut être porteur d’un projet de startup deeptech numérique et être disponible pour s’y consacrer à 100%. Allons donc un peu plus loin !

Toute personne ayant la volonté d’entreprendre (chercheur, doctorant, étudiant, ingénieur, autodidacte … venant d’Inria ou pas) et :
- Un projet de startup avec un ADN deeptech numérique
- La capacité technique de développer le Proof of Concept
- La possibilité de s’engager pleinement dans le programme
Le diable est dans les détails, et chaque mot à son importance !
Deeptech Numérique
Le numérique étant partout comme le dit l’adage « software is eating the world » il est rare qu’un projet n’ait pas une composante numérique, mais celle-ci doit être deeptech. Alors que signifie deeptech ? Wikipedia et BPIFrance nous y aident un peu : https://fr.wikipedia.org/wiki/Deep_tech et https://www.lesdeeptech.fr/decouvrir-la-deeptech/
Pas totalement selon nous car ce mot relativement récent créé en 2014 par Swati Chaturvedi et défini comme « a new category of startups which are built on tangible scientific discoveries, and which have the ability to disrupt several markets » (une nouvelle catégorie de startups qui s’appuient sur des découvertes scientifiques tangibles et qui ont la capacité de perturber plusieurs marchés), ce mot reste ambigu !
N’approfondissons pas trop l’idée de perturber des marchés, personne n’est vraiment capable d’analyser cette question a priori mais seulement a posteriori ! Quant aux découvertes scientifiques tangibles, là aussi, parle-t-on de découvertes très récentes, récentes ou moins ? Et que dire des inventions, de l’ingénierie appliquée à de nouvelles applications. Dans les années 70 à 90, on parlait de « high-tech » et cela englobait Intel, Apple ou Microsoft et aucune ne serait qualifiée de deeptech. Dans ces années-là, seule Genentech et l’avènement de la biotechnologie aurait été deeptech, et d’ailleurs la deeptech c’est d’abord la biotechnologie puis tout ce qui concerne la physique, la chimie… donc… pas le numérique… argh la deeptech numérique est un cygne noir ! Regardez toutefois notre post-scriptum plus bas pour une tentative de définition de la Deeptech.
Donc il faut comprendre que les projets ont une forte composante scientifique, technique et technologique et pas seulement un usage de commodités, de technologies bien connues et faciles à manipuler pour une personne bien formée ou expérimentée.

Capacité technique du porteur ou de l’équipe
Nous l’écrivons et le clamons haut et fort, ce n’est pas tant la technologie qui compte, ce sont les personnes. Ceci devrait être une évidence pour tous ceux qui connaissent le monde des startup deeptech. Nous n’allons pas revenir sur la trop grande importance donnée à la technologie (voir l’article sur la propriété intellectuelle : www.inriastartupstudio.fr/la-propriete-intellectuelle-un-point-de-vue) et nous ne la sous-estimons pas : les personnes à qui nous donnons la priorité sont porteuses de technologies et en sont expertes.
Là aussi, le critère a ses zones grises et nous essayons d’être aussi objectifs que possible. Nous donnons la priorité à des personnes qui maitrisent parfaitement la technologie qu’elles souhaitent développer vers un produit. Or un produit n’est pas qu’une technologie dont le ou la porteuse peut ne pas en maîtriser toutes les composantes mais il ou elle devra en maîtriser les composantes critiques. Et il y a une nuance de taille : nous ne soutenons pas des porteurs.ses qui pourraient piloter une équipe technique mais bien des personnes capables de réaliser un prototype ou une preuve de concept (PoC) et pas seulement une vision ou un concept / design. Il y faut donc une certaine dose d’expérience ou de savoir-faire et pas seulement de savoir ou de connaissances.
Parce que nous avons conscience que ce sujet est parfois difficile à expliciter, laissez-moi essayer de le développer. Dans un essai récent intitulé « How to Start Google », Paul Graham, co-fondateur de Y Combinator, explique que parmi les ingrédients nécessaires, « You need to be good at some kind of technology ». Et de développer : « Travaillez simplement sur ce qui vous intéresse le plus. Vous travaillerez beaucoup plus dur sur quelque chose qui vous passionne que sur quelque chose que vous faites parce que vous pensez devoir le faire. […] Il faut travailler sur ses propres projets, pas seulement apprendre à l’école. […] Il faut travailler sur ses propres projets. On apprend beaucoup plus vite de cette façon. […] Si vous vous demandez ce qui est considéré comme de la technologie, cela inclut pratiquement tout ce que l’on pourrait décrire avec les mots « fabriquer » ou « construire ». Par exemple, la soudure, la confection de vêtements ou la réalisation de vidéos seraient pris en compte. Peu importe ce qui vous passionne le plus. La distinction essentielle est de savoir si vous produisez ou si vous consommez. […] On le fait de la même manière qu’on devient bon au violon ou au football : on s’entraîne. » Il est très difficile d’évaluer si une personne maîtrise certaines technologies, et les conseils de Paul Graham peuvent arriver trop tard pour nos candidats, mais idéalement, nous aimerions sélectionner ce type de personnes !
S’engager pleinement dans le dispositif
Dernier élément de sélection, la disponibilité à 100% de son temps pendant au moins 6 mois et idéalement un an. La règle générale est que nous salarions pendant un an le ou la porteuse technique. L’exception à cette règle est que la personne pourrait être salariée par une autre entité et mise à disposition par son employeur pour le projet au sein du dispositif (France Travail ne compte pas dans ces entités). Cela est arrivé avec des partenaires tels que le CNRS, l’université, le CEA et en théorie des entreprises privées également.
La difficulté rencontrée parfois est qu’un enseignant chercheur souhaite intégrer le dispositif alors qu’il ou elle a des charges d’enseignement ou d’encadrement. Nous sommes alors très embêtés car un projet de startup demande plutôt 100% de son temps pour ne pas dire 150% et pas 60% ou 80%. Nous avons fait des exceptions mais nous préférons qu’une deuxième personne vienne se substituer, par exemple un post-doctorant qui sera soutenu par le chercheur senior. Nous parlons de « soutien » pour le chercheur et de porteur pour le postdoctorant dans le projet.
L’équipe peut être plus étendue, il peut y avoir des porteurs externes non-salariés par Inria ou la puissance publique à 100% dans le projet ou non, des « ressources » – des personnes travaillant dans le projet mais non décisionnaires – l’important pour nous est d’avoir au moins un porteur technique à 100% dans le projet (nous pouvons salarier jusque 2 personnes par projet).
Pour aller plus, nos FAQ :
Cet article est déjà trop long sans doute, mais il nous a semblé important d’expliciter nos critères aussi finement et simplement que possible. Pour aller plus loin, nous avons sur ce site une section de « Frequently Asked Questions (FAQ) » c’est-à-dire des questions fréquemment posées.

Post-scriptum : une tentative de définition de la Deeptech

La Deeptech englobe les entreprises fondées sur des avancées scientifiques et techniques radicales qui répondent à des défis de grande envergure.
Par rapport à leurs homologues de la « technologie traditionnelle » – des entreprises qui appliquent principalement des technologies existantes plutôt que d’en développer de nouvelles – les entreprises de Deeptech présentent des caractéristiques distinctes qui nécessitent une approche d’investissement spécialisée :
▪ Délai de commercialisation plus long : les entreprises de Deeptech ont généralement des délais de commercialisation plus longs, mais obtiennent des sorties ou le statut de licorne dans des délais comparables.
▪ Barrières à l’entrée plus élevées : ces entreprises bénéficient de protections intellectuelles (PI), notamment de brevets, de secrets commerciaux et d’avantages en termes de délais de mise en œuvre.
▪ Intensité capitalistique initiale plus élevée, mais plus faible après 5 à 6 ans en moyenne : Alors que les entreprises de technologie traditionnelle ont besoin d’un financement soutenu pour résister à une concurrence croissante, les barrières de propriété intellectuelle de la Deeptech permettent une croissance plus durable et rentable.
▪ Profil de risque différent : bien que leur risque global soit comparable à celui des entreprises de technologie traditionnelle, la nature du risque diffère, avec un risque technologique plus élevé, un risque de marché similaire ou inférieur, et un risque de concurrence réduit.
(Extrait de “DEEP TECH DECODED: A STRATEGIC INVESTOR’S GUIDE” https://hello-tomorrow.org/deep-tech-decoded/)
Date de publication : 03/02/2026
Envie de vous lancer ?